Suprématisme russe
Sur la question de la représentation, Kazimir Malevitch, fondateur et quasi unique artiste du mouvement Suprématiste russe, a dit « A painted surface is a real living form ».
Le Suprématisme russe, comme beaucoup de mouvements abstraits du début du XXème siècle et aussi plus tard du minimalisme, inscrit la peinture dans un refus de la représentation dans l’art. Le monde change, il s’ouvre sur une nouvelle ère, les artistes sont à la recherche d’un nouveau langage pour dire le monde. Ils veulent des œuvres qui s’adressent à tous et dont la beauté émanerait de l’œuvre elle-même. Ses compositions, qui ressemblent à de simples aplats de couleurs, sont en fait réalisées avec de multiples couches de couleurs qui se mélangent et dont on devine les nuances. Le choix de ces couleurs est fondamental et rien n’est issu du hasard.
Lorsqu’il présente le fameux Quadrangle, plus connu comme Carré noir sur fond blanc, en 1915, il l’accroche en hauteur sur l’angle entre deux murs. Cet emplacement est appelé en Russie « le beau coin » car c’est là qu’on accroche les icônes religieuses.
Malevitch donne-t-il ainsi une dimension spirituelle à son œuvre ou bien cherche-t-il à remplacer celle-ci par la vision de l’art ?
Quelle que soit la réponse à cette question, Malevitch adhére pleinement aux visions communistes de la société, il prend part au renouveau de l’art russe par l’abstraction et deveint député au Soviet de Moscou. Il cesse alors de peindre et se consacre durant presque 10 ans à l’enseignement.
Le régime stalinien change la donne à la fin des années 20, proclame l’art abstrait un art bourgeois et revendique un art de réalisme social.
Malecvitch est écarté du pouvoir, emprisonné, torturé et ses œuvres tombent dans l’oubli durant une bonne partie du XXème siècle.
A la fin de sa vie, il fait un retour à la figuration avec des œuvres où la couleur construit la forme, structure la composition, offre un schéma du réel.
Kasimir Malevitch, Autoportrait, 1908-1911, gouache sur papier, 27 × 27 cm, Galerie Tretiakov, Moscou
Kasimir Malevitch, Carré noir Suprématiste, 1915, huile sur toile, 79,5 × 79,5 cm, Galerie Tretiakov, Moscou
Kasimir Malevitch, Premier tissu suprématiste, 1919
Kasimir Malevitch, Suprematisme (avec 8 rectangles rouges), 1915, huile sur toile, 57,5 × 48,5 cm, Stedelijk Museum Amsterdam
Vue de l’installation des peintures de Kasimir Malevitch à l’exposition “0.10” à Petrograd (Saint Petersbourg) en décembre 1915
Kasimir Malevitch, Les Sportifs, 1928-30, Musée Russe, Saint Petersbourg